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Société de la connaissance: générations sacrifiées

Aujourd’hui et hier, depuis 40 ou 50 ans, l’enseignement dispensé au lycée et après le lycée sont de plus en plus centré sur la technique et de moins en moins sur les savoirs généraux. On peut le constater en regardant le développement des filières techniques, des BTS, BEP et CAP.  La loi sur l’égalité des chances qui avait porté le fameux CPE, fort heureusement repoussé avec brio par les étudiants et lycéens, a fixé l’âge pour entrer en apprentissage à 14 plutôt que 16 ans.

Nous sommes dans une société où le « faire » est valorisé. Aujourd’hui, les entreprises emploies les individus techniques et hyper spécialisé. Des individus rentable immédiatement après leur embauche, des individus jetable dès qu’on en a plus besoin.

MIP m’a invité à un groupe facebook assez symptomatique de se malaise appelé:  «J’ai fais la FAC et les employeurs ne savent pas ce qu’ils ratent »

Je fais parti de ces jeunes qui sont formés ou ont été formé à la FAC et à qui l’on répète sans cesse qu’avec une licence en poche l’avenir est dans la rue ou à l’ANPE (encore plus quand on est en sociologie, le fond du fond à ce qu’on dit). Je fais partie de ces générations à qui l’on dit que la sociologie ne sert à rien et que je ferais mieux de faire autre chose « de mieux ».Par exemple du management d’hôtellerie comme me le suggère une feuille exposé sur le panneau de la filière sociologie.

Je suis persuadé qu’une personne formée à des savoirs généralistes et humains comme l’économie, le droit, la sociologie, l’histoire, la géographie ou la psychologie, sont plus apte à évoluer que les détenteurs d’un savoir uniquement technique, dans tous les domaines de métier. Pour reprendre l’image de mon professeur de sociologie de l’éducation, « quelqu’un qui a compris Nietzsche et Kant aura acquis une capacité de compréhension qui lui permettra d’apprendre le métier de banquier en moins de 6 mois sur le tas ». Outre l’image exagérée, j’en conviens, il est certain que les disciplines générales forment à une réflexion générale et permet à l’individu d’évoluer plus rapidement dans de nombreux domaines. Cependant, je ne ferais pas une généralité de ce cas. Certaines personnes apprennent mieux que d’autre lorsqu’elles voient l’intérêt directe et concret de ce qui leur est enseigné.

La polyvalence des savoirs généraux permet à l’individu de disposer de d’avantage de choix d’évolutions, ainsi, il n’est pas enfermé dans une direction à l’inverse de celui qui s’est formé, par exemple, en alternance à la gestion des rayons de chez les mousquetaires. Les personnes ayant été façonné par une entreprise sans avoir été dispensé de savoirs généraux sont condamnés, bien souvent, à travailler dans la même entreprise toute leur vie. Je force un peu les traits, mais c’est cela à peu de choses près. Si j’ai été formé chez carrefour en alternance puis y ai travaillé pendant 20 ans, j’aurais intériorisé des habitudes de fonctionnement différentes de celles de chez les mousquetaires, les deux entreprises ne fonctionnant pas de la même manière, c’est un sacré handicape face au recruteur. S’il est déjà difficile de passer d’une entreprise à une autre en gardant le même domaine de compétence, alors je ne préfère pas imaginer ce qui se passerait si je voulais changer de métier.

Nous sommes dans une société mouvante. Les découvertes scientifiques vont bon train. Les entreprises évolues vite, très vite, les emplois également. Les formations qui sont proposées aux employés sont de plus en plus nombreuses mais combien d’entre-eux ont ils appris à apprendre ? N’est-il pas plus rentable sur le long terme pour l’entreprise d’avoir des salariés qui savent évoluer rapidement ?

Et la recherche de l’élévation de la citoyenneté dans tout ça ? Bien sur, nous pouvons être très fier de l’éducation française. Plus que jamais au cours de l’histoire de France -et les chiffres de l’INSEE le prouve-  nous avons permis aux Français d’acquérir une somme de connaissance générale inégalée. Jamais autant d’élèves n’ont atteins le niveau BAC qu’aujourd’hui. Les mauvaises langues diront que le niveau est plus faible individuellement. Peut-être, encore qu’aucune étude sérieuse ne le prouve. Le nombre de français ayant atteins le niveau BAC a littéralement explosé en cent ans, même si aujourd’hui la progression tend à diminuer. Nous avons des générations de Français qui pensent mais nous ne nous donnons pas les moyens d’aller plus loin. Le monde et la société se complexifie, les savoirs progressent, mais il n’y a aucune ambition d’amener les citoyens à un niveau de connaissance général supérieur. Capitale pour le maintiens d’une démocratie éclairée et indispensable pour aller plus loin dans celle-ci. Sauf que la logique qui prédomine aujourd’hui est toute autre. Ce n’est plus l’idée de l’école des lumières qui fait consensus: nous nous dirigeons vers une école des entreprises. Former à la rentabilité.

Nous nous retrouvons dans une situation paradoxale, qui je crois, va coûter très cher sur le long terme aux entreprises et à la démocratie. La recherche d’un profit immédiat risque à nouveau de nous mener dans l’impasse. Ne serait-il pas temps de repenser notre modèle de développement ?

[NB: L’avis tout à fait intéressant de KPM sur le même sujet]

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  1. Excellent billet, qui rejoint tout à fait ce que j’exprimais l’autre jour en réponse à la question d’Assas démocrates. Je vais d’ailleurs le publier sur mon blog, tiens.

  2. Merci pour ce billet, que je reviendrai commenter (MIP m’a donné la même idée que toi… mais pas encore eu le temps de m’y atteler).

  3. En fait je ne te rejoins pas sur tout, mais c’est super d’avoir mis le sujet sur le tapis et abordé la plupart des points importants. Faut absolument que je trouve un moment ce week-end pour revenir m’expliquer (éventuellement irl aussi si tu passes dans le coin).

  4. Je ne suis pas tout à fait d’accord avec ce tu dis.
    Il me semble en effet normal qu’une personne qui ait apprit un métier en particulier soit plus compétente qu’une autre, même si celle-ci possède un capital culturel supérieur.

    Un jeune qui fait des études d’apprentissage en mécanique seras plus à même d’entretenir une voiture qu’un autre jeune ayant fait un master en sociologie. Cela me semble évident, et ici le niveau d’étude importe peu, c’est simplement une question de savoir faire. Dans cette optique, l’employeur embauchera davantage le jeune connaissant les tenants du métier. Néanmoins, il me semble également aller de soi que l’étudiant en sociologie ne se destine pas à la mécanique mais plutôt à un secteur en lien directe avec ses études.

    Le BTS quant à lui est selon moi une alternative intéressante, qui permet une insertion au monde du travail, tout en conservant un minimum de notions générales.
    Pour moi le véritable problème n’est pas que les employeurs privilégient tels ou tels étudiants, mais plutôt de savoir quelles sont les filières qui on encore un avenir. Nous ne devrions pas dire aux jeunes « tu n’es pas sur la bonne voie, tu n’aurais pas du faire ça, il n’y a pas de débouché ».
    La filière existe, l’étudiant y est aller, si elle ne mène a rien, pourquoi existe t-elle? C’est cela la véritable question ; pourquoi avons nous autant des filières qui ne mènent à rien ? Au lieu de condamner les jeunes sur leurs choix, le gouvernement ne devrait-il pas plutôt réviser l’enseignement en supprimant les études qui malheureusement n’ont pas ( ou plus ) leurs placent dans la société.

    Autre chose ; l’école ne fait pas tout. Quand tu dis que « la connaissance générale supérieur est capitale pour le maintiens d’une démocratie éclairée et indispensable pour aller plus loin dans celle-ci », j’ai bien peur que l’enseignement ne soit là que pour te donner les cartes, mais c’est au fond toi même qui te formes. L’école supérieure n’est pas une fabrique à hommes éclairés.

  5. @Alexis,

    Il est évident qu’un emplois spécialisé est plus compétent tout dessuite dans son domaine qu’un employé non spécialisé. Je ne me risquerais pas à prouver le contraire.

    Tu te trompes en sous entendant que certaines filières devraient disparaître et sont inutiles. Les entreprises ne sont pas l’alfa et l’oméga de l’activité humaine. Les sciences humaines sont des connaissances cruciales qui permettent le développement de la société. Tout comme il est cruciale que les employeurs en prennent consciences. Plutôt que de se résigner qu’à restreindre les enseignements à ceux que les entreprises pensent utiles, il me semble plus raisonnable de montrer les avantages qu’apporte une formation général en Faculté.

    « l’enseignement ne soit là que pour te donner les cartes » L’enseignement supérieur donne les cartes pour mieux comprendre la société et faire des choix politiques en conscience.