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Histoires d’un élève de l’entre-deux #1

Je vous propose la lecture épisodique d’une série de billets ayant pour thème la scolarité. Aujourd’hui plus que jamais, la scolarité représente une partie non négligeable d’une vie. Elle est l’institution qui nous façonne avant l’entrée dans la vie active.

L’école de la république est un sujet récurrent. A la fois un facteur de démocratisation de la société d’après guerre, elle est aussi pour beaucoup d’individus la chose qui va orienter leur chemin de vie. Elle souffre aujourd’hui d’insuffisances, l’institution est en panne et ne parvient plus a réduire les inégalités sociales.

Plus particulièrement, je voudrais parler d’un type d’élève que je connais bien. C’est moi, c’est peut-être vous: il s’appelle l’élève de l’entre-deux.


Cet intitulé n’est pas de moi, il vient d’un ouvrage sociologique « L’école en France » écrit sous la direction de Jean-Pierre Terrail. Je vous cite quelques extraits (chapitre 6) caractérisant l’élève de l’entre-deux:

S’ils reconnaissent n’avoir « que le Bac », ils se défendent d’avoir « quand même le bac ». Eux même souligne l’ambivalence de leur situation, ils ont tous eu beaucoup de mal à aller jusqu’au BAC. […]

Dans les familles de cadres,  on parle de « petit bac » ou de « bac minuscule », pour condenser une histoire médiocre et équivoque, véritable handicap. […]

 Ces carrières scolaires sont l’objet d’une gestion impulsive, au coup par coup, en l’absence d’un engagement subjectif durable. Elles alternent les moments où on s’y met a fond, où on est motivé, dans une espèce de surexcitation, d’affolement, d’euphorie intense (mais non persévérante) et les moments où l’on s’écroule littéralement. Soit alors on arrête tout sur un coup de tête, soit on s’enfonce dans une spirale de laisser-aller qui va jusqu’à nous dégoûter de vous-même. « vous voyez que c’est assez mouvementé, on s’accroche, on laisse tomber, on s’accroche, on laisse tomber… ». […]

Ils n’ont jamais renoncés, ils se sont battus, mais trop épisodiquement et sans succès suffisant pour arriver à une maîtrise minimum de leur histoire scolaire. Ces bacheliers ont été des élèves tiraillés entre des logiques adverses, entre la conscience aiguë des enjeux scolaires, et une inertie presque corporelle, qui les empêchaient de se mettre a l’ouvrage, comme lorsqu’ils décrivent ces moments où, les yeux rivés à leur bureau, ils pouvaient faire semblant de travailler pendant des heures, l’envie de réussir et l’incapacité de s’en donner les moyens, une sorte d’apathie qui les paralysaient devant l’urgence. […]

Tout est désormais devenu pour eux affaire de volonté. Ils l’expriment par des explications très psychologisantes de l’échec comme de la réussite.[…]

Refuser puis encaisser le redoublement, résister aux décisions d’orientations en revendiquant une capacité a poursuivre dans le cycle général, continuer sa scolarité malgré l’enfermement dans une identité de mauvais élève; gravir péniblement chaque échelon de la hiérarchie scolaire avec la menace perpétuelle de ne pas y arriver […]

Se maintenir dans le système scolaire a représenté un véritable combat contre eux-mêmes: ils ne l’oublieront pas au moment d’entrer sur le marché du travail.

A venir, handicapé de l’écriture.

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